Interview: Jean Pascal Roux, cyclosportif double recordman du monde

Interview: Jean Pascal Roux, cyclosportif double recordman du monde

Jean Pascal Roux est un cyclosportif comme vous et moi (il travaille, il a 49 ans… ), mais aux résultats extraordinaires. Découvrez dans cette interview, que j’ai réalisée à Risoul pendant la cyclo Risoul-Queyras, les secrets de préparation de Jean Pascal Roux.. Comment fait-il ?

Visionnez ici la vidéo de l’exploit de Jean Pascal Roux: Le record du monde de la plus grande distance parcourue en 24 sur un vélo.

Jean Pascal Roux

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Retranscription de la vidéo:

Bonjour et bienvenue sur cette nouvelle vidéo du blog La meilleure cyclosportive de votre vie.

Aujourd’hui, j’ai l’immense privilège de vous présenter l’interview d’un cyclosportif ordinaire qui fait des choses extraordinaires. Jean Pascal Roux est un cyclosportif comme vous et moi. Il travaille, mesure plus d’un mètre quatre-vingt et pèse près de quatre-vingts kilos. Il est donc plus proche des caractéristiques du cyclosportif lambda, pourtant il fait des choses extraordinaires. D’abord il a un certain nombre de victoires à son actif dans des cyclosportives (il est régulièrement dans le top 10 de grandes courses), mais surtout, il détient deux records du monde de 24 heures : le plus grand nombre de montées du Ventoux en 24 heures — il l’a monté onze fois en 24 heures. Pour ceux qui l’ont monté une fois, vous voyez l’état dans lequel vous arrivez, eh bien imaginez onze fois en 24 heures. Il détient un deuxième record du monde, celui de la plus grande distance parcourue en 24 heures, près de 840 kilomètres (839 km exactement). Rouler 4 heures, c’est de la folie. Ça fait à peu près 35 km/heure de moyenne. Je ne sais pas pour vous, mais quand je fais un entraînement de trois ou quatre heures à 30 km/heure de moyenne, je suis super content de moi, mais à 35 de moyenne je ne suis pas sûr d’y arriver, et encore moins pendant 24 heures.

Juste en dessous, vous trouverez une vidéo qui relate un de ses exploits, sur Daily Motion.

Écoutez bien cette interview, à la fin je vous ferai une synthèse des quatre clés du mental dont nous parle Jean-Pascal, qui sont très importantes et que vous pouvez appliquer facilement, dès demain, pour avoir un meilleur entraînement, plus qualitatif et pour  mieux atteindre vos objectifs. Régalez-vous.

 

Nicolas Elzéard : Comment te définirais-tu ?

 

Jean Pascal Roux : Je suis un cyclosportif. J’ai eu un petit passé de coureur FFC, mais à 20 ans, 21 ans j’étais retraité. Je n’ai pas fait de vélo de 20 à 35 ans et je m’y suis remis, pour faire des cyclosportives, à 35 ans, et là j’ai complètement oublié le cyclisme d’avant. C’est une autre vie, donc je suis devenu un vrai cyclosportif à part entière, avec un esprit un petit peu de performance, évidemment, on essaye de donner le meilleur de soi-même. Mais qu’on se batte pour les premières places ou qu’on se batte pour rentrer dans les cent premiers, ou qu’on se batte juste pour finir devant le beau-frère, en règle générale, si on met un dossard, c’est pour se tirer un peu la bourre.

J’ai repris à 35 ans, je vais en avoir 49, donc ça fait un petit bout de temps. On a fêté cette année les dix ans de notre team, le team Scott Vélo 101 Risoul.

C’est ça aussi le cyclosport, l’esprit team. Je suis quasiment persuadé que sans team j’aurais arrêté, parce que c’est facile de traverser la France pour faire des cyclosportives, tout seul, par contre avec les copains, c’est plus sympa.

Quelles sont les motivations de Jean Pascal Roux pour se lancer dans un tel Record?

Nicolas : On a parlé de motivation, je te propose de partir de là : qu’est-ce qui t’a motivé à faire ce record du plus de kilomètres en 24 heures ?

 

Jean-Pascal Roux: Je n’ai pas trouvé de bouquin qui m’explique comment pédaler pendant 24 heures. Il n’y en a pas. Celui qui fait le marathon, celui qui vise trois heures et quart au marathon, il a tout un tas de bouquins pour faire trois heures et quart, des plans d’entraînement. Celui qui vise trois heures vingt, il y a 12 bouquins à chaque fois que tu gagnes 5 min, et des plans d’entraînement, ce n’est pas compliqué. Mais un plan d’entraînement pour un 24 heures, je ne sais pas du tout comment on fait. Empiriquement, il y a trois niveaux, encore une fois (c’est toujours des trucs par trois) :

Il y a les jambes, il faut s’entraîner, plutôt à faire de l’endurance. Pour se préparer en vue des 24 heures, pas la peine de rouler pendant 600 km. Déjà, quand tu vas rouler plus de deux heures c’est de l’endurance ; tu fais des sorties de quatre heures, tu t’entraînes en endurance.

 

Nicolas : Tu n’as pas fait de sorties spécifiques.

 

Jean-Pascal Roux : Non. Au maximum, j’ai dû faire une sortie de plus de 200 bornes, mais pas plus que ça.

Il faut que la tête soit prête. À mon avis, toi qui connais certainement mieux que moi, c’est très empirique, je n’ai jamais rien lu sur le coaching du « ciboulot ».

 

Nicolas : Dis-moi, justement, empiriquement, ça m’intéresse.

 

Jean-Pascal Roux : Je me dis que, comme toute bonne gestation, il faut neuf mois. Il faut te le mettre dans la tête. Chaque fois que j’ai fait un truc sur 24 heures, en fin de saison, au mois d’octobre, je me suis dit « Au mois de mai ou juin, je fais ça. » Il ne faut surtout pas te poser la question « Mais qu’est-ce que je fais là ? » Je n’ai jamais abandonné, parce que ça me paraissait une évidence. Une fois que tu es parti, tu es parti.

 

Et il y a un autre niveau qu’on ne connaît pas du tout et on verra que c’est toujours là où ça cloche, c’est le ventre.

 

Nicolas : Comment t’es-tu alimenté pendant celui-là ? Tu as mangé normalement et tu as senti que c’était difficile à digérer ?

 

Jean-Pascal Roux: C’est sûr, les barres, les machins, les trucs, on voit bien que dès que ça dépasse les trois/quatre heures, on ne peut plus. Alors sur 24 heures, il faut oublier tout ce qui hyper sucré. Je me suis fait avoir par la météo. Je pensais qu’il y aurait un peu de mistral et il s’est levé un vent du Sud, c’était hyper chaud. Au bout de quatre heures, ma combinaison qui est noire sur les manches est devenue blanche de sel, alors j’ai demandé à mon fils de faire des bidons plus salés, donc il mettait la dose de poudre en sel.  Du bicarbonate, là, j’étais bien bicarbonaté.

Ce n’était pas toujours les mêmes personnes qui me suivaient alors des fois ils changeaient de voiture, et quand je demandais un bidon, en fait ils n’avaient pas prévu. Alors il fallait faire une demi-heure sans s’alimenter, sans boire. Parfois, ça merdouille un petit peu. À un moment donné, mes prolongateurs s’étaient un peu dévissés, il a fallu les resserrer ; on perd un petit peu de temps, mais je crois que j’ai réussi à peu près à pédaler 23 heures 45. Sur 24 heures, j’ai dû être arrêté environ un quart d’heure.

 

Nicolas : Ah oui, seulement..!

 

Jean-Pascal Roux: C’est pas mal. Avec des arrêts pipi, au début, des arrêts pour tremper les pieds dans l’eau parce que mes pieds surchauffaient et explosaient dans les godasses.

Voilà, donc, trois niveaux : les jambes, la tête, le ventre.

 

Nicolas : J’imagine qu’au bout d’un certain temps, il y a un niveau de douleurs qu’on connaît tous, le dos, évidemment les jambes…

 

Jean-Pascal Roux: Les jambes, ce n’est pas ce qui fait le plus mal, c’est tout le reste. Moi, c’était les pieds. Le dos aussi, surtout quand tu fais un truc beaucoup plus difficile que quand tu fais quelque chose sur le Ventoux. Le Ventoux, tu montes à 10/12 à l’heure, tu fais de la danseuse, tu changes de position. Là, en position chrono, tu ne bouges pas beaucoup. Tu te mets de temps en temps en danseuse, mais tu ne peux pas te déplier, c’est beaucoup plus contraignant pour le dos, c’est clair.

 

Nicolas : Malgré tout, tu en as parlé dans ta montée du Ventoux, je crois que la six ou septième montée tu avais des douleurs partout. Sur ce record-là, est-ce qu’à un moment tu as eu des douleurs ou des problèmes qui te donnaient un peu envie d’arrêter ? Où il fallait que tu ailles puiser loin ta motivation pour continuer ?

 

Jean-Pascal Roux: J’ai le souvenir, parce que ce n’est pas simple de se souvenir, on débranche tout un tas de trucs, on n’a pas…

La clé mentale de Jean Pascal Roux

Nicolas : C’est peut-être une des clés, de débrancher.

 

Jean-Pascal Roux: Tu débranches tellement de choses qu’après tu te demandes si c’est toi qui l’a fait (c’est moi ou je l’ai lu ?) Je me souviens que, deux fois, j’ai dit « Je vais crever. » Je ne sais pas pourquoi je disais ça, mais avec la déshydratation, le sel, les douleurs du dos, les douleurs des pieds (c’est le pire), j’attendais que le soir arrive et que la température baisse. Là où j’ai le plus souffert, c’était l’après-midi. De une heure de l’après-midi jusqu’à six heures du soir. En plus, c’était du vent du Sud, c’était moite. Après, il faisait tellement lourd qu’il s’est mis à pleuvoir en début de nuit, ce n’était pas agréable, pas une belle journée.

 

Nicolas : Donc, ta clé mentale, ça a été de débrancher, de continuer sans te poser de questions.

 

Jean-Pascal Roux: Voilà. De toute façon, tu te dis que tant que tu n’es pas dans le fossé, tant que tu arrives à rouler, tu roules. Mais franchement, je me voyais mal embarqué. Autant sur le Ventoux j’avais toujours bon espoir, je maîtrisais le truc, je me disais « J’ai encore 5 min d’avance sur mon tableau de marche. » Autant là, j’avais de l’avance, mais je me disais que j’aurais du mal à finir. Et puis, en fait, la nuit est arrivée et puis je ne sais pas trop comment j’ai fait, et le petit matin est arrivé et j’ai fini.

 

Nicolas : Tu parlais de préparation du ventre, de la tête et des jambes, finalement, dans les cyclos c’est un peu ça aussi, à un moindre niveau. Ce que je trouve intéressant pour nos auditeurs, c’est que tu as 49 ans, tu travailles, tu n’es pas un cycliste professionnel ou quelqu’un qui peut se permettre de rouler tout le temps. Comment t’organises-tu dans ton entraînement ? Dans les semaines types, à peu près, ce n’est pas toujours évident.

 

Jean-Pascal Roux: Moi, je suis kiné, c’est vrai que j’ai cette chance de pouvoir travailler quand je veux, donc j’ai deux demi-journées, le mardi et jeudi après-midi pour rouler. Même si, après, je retourne au travail quand même, mais je mets une plage dans l’après-midi, neuf mois sur douze et après, les mois d’été je me mets en horaires d’été. Je prends le début de la matinée pour juillet et août rouler en début de matinée et de 11 heures à midi, j’ai mes patients.

Je roule en général deux jours par semaine, plus le samedi et/ou le dimanche, donc j’ai 3 ou 4 entraînements (ou courses) par semaine. À savoir que le lundi, le mercredi et le vendredi, je ne touche jamais le vélo, donc c’est très rare que je roule deux jours de suite.

J’ai fait le tour de Nice Métropole, donc une cyclo sur 7 jours et bientôt on va faire la (haute route). 7 jours, donc 7 étapes de montagne, ce qu’on ne propose jamais aux professionnels, et pourtant les professionnels ce sont des jeunes et qui récupèrent bien. Nous, on est des vieux, pas à leur niveau et on se tape 7 étapes de montagne d’affilée. Il y a des gens qui me disent « Oh, mais toi tu es endurant, ça ne te pose pas de problèmes. » Ça n’a rien à voir ! Je suis endurant, mais je récupère très mal. Je suis très bon sur 24 heures, mais par contre je récupère très mal parce que je suis trop lourd, en fait. Quand je fais une étape de montagne, quand ça visse fort, les meilleurs sont à 300 watts, et si je veux les suivre, je suis à 400 ; ils ont 20 kilos de moins. Je fais 100 watts de plus que les autres, donc je prends plus de déchets, et le soir, j’ai qu’un foie et deux reins, comme eux. Donc, au bout de quelques jours d’étapes de montagne, c’est souvent que je passe à travers, par rapport aux petits gabarits qui font moins de 60 kilos et qui, eux, le 5e  ou 6e jour, sont quasiment aussi forts. Moi, souvent, je suis moins fort.

 

Nicolas : Mais sur cette course de Nice, tu étais sur le podium ?

 

Jean-Pascal Roux: Oui, mais Nice c’était un peu spécial, parce qu’on faisait des étapes qui faisaient environ 120 kilomètres avec 2 ou 3 cols et un seul chrono. Donc c’était, globalement, une heure à bloc. C’est génial ! Tu récupères très bien. Là, c’est super, en général tu finis bien. C’est convivial, tu roules avec les gars que tu veux, et à mon avis, c’est une super formule, bien adaptée au cyclosportif lambda.

 

Nicolas : Sur la préparation de ta semaine, si tu veux bien continuer là-dessus, grosso modo, tu as deux entraînements la semaine et un ou deux le week-end. Comment les dispatches-tu ? Tu roules toujours pareil ? Tu fais des séances plus particulières ?

 

Jean-Pascal Roux: C’est un peu ce qu’il faudrait que je fasse, mais ce n’est pas forcément ce que je fais. Je sais qu’il y a une règle qui dit que si tu fais deux entraînements identiques, il y en a un qui ne sert à rien, mais je fais assez souvent la même chose. Je vais rouler avec des gars qui ne sont pas forcément à mon niveau — je vais rouler avec un type charmant qui a 74 ans, par exemple — donc je roule à sa vitesse puis de temps en temps, on fait une sorte de fartlek. Au pied du Ventoux c’est toujours vallonné donc, même sans le vouloir on fait monter le cœur un peu dans les bosses, on descend, on fait un peu de latéral training sans le vouloir. Et puis de temps en temps, quand même, dans les derniers kilomètres d’une bosse ou d’un col, j’accélère et puis je les attends au sommet. Mais il faudrait que je fasse des pauses plus structurées, du latéral training plus… il faudrait que j’aie un coach pour ça. Pour se gendarmer, il faut être très fort mentalement pour se coacher soi-même. Si tu payes quelqu’un pour ça…

 

Nicolas : Si tu payes quelqu’un, ça implique.

 

Jean-Pascal Roux: En tant que kiné, je le sais bien. Si j’ai un bobo, je sais ce qu’il faut faire, mais je ne le fais pas. Si je veux le faire, je prends rendez-vous chez un confrère qui me dira quoi faire et je le ferai. Il y en a qui y arrivent, ils sont plus forts mentalement que moi.

 

Nicolas : Disons que quand on a un objectif, ça devient plus facile. Peut-être que pour tes 24 heures…

 

Jean-Pascal Roux: Oui, une fois que  tu as un gros objectif, certainement on se le met… Un truc qui est un peu fou — je ne suis pas un obsédé du poids…

 

Nicolas : Combien pèses-tu ?

 

Jean-Pascal Roux: J’ai de plus en plus de difficultés à descendre en dessous des 80 kilos. Je pense que là, je dois être à 78 et c’est une des premières fois depuis longtemps que je suis à ce poids, mais ce qui m’avait surpris c’est que, effectivement, j’étais à peu près à 78 avant mon record sur le plat à Caderousse, et la dernière semaine, en roulant moins, et en mangeant largement autant, j’ai perdu 2 kilos. Et ça, je suis sûr que c’est dans la tête. Je lui avais dit, à mon corps, que le 15 juin il fallait être prêt et la semaine avant le 15 juin, il s’est débrouillé pour perdre 2 kilos. Souvent, la veille d’un objectif, la veille d’une cyclo, je suis toujours malade. « Si j’ai mal au ventre comme ça, demain je ne prends pas le départ, les gars. » Ils m’appellent « la pleureuse », mais c’est vrai ! C’est vrai que je ne suis pas bien, que je ne me sens pas en état, mais le lendemain je monte sur le vélo et je vais faire la perf’ de ma vie. Je ne sais pas, mais le corps se débrouille, avant, de se mettre au ralenti minimum pour surcompenser le jour J. Alors je ne sais pas comment tu l’expliques, quels sont les circuits là-haut, mais je suis persuadé que ça marche comme ça.

Et je pense qu’il y a des gens qui font ça à l’inverse. On a tous connu des premiers de la classe qui chaque fois  qu’ils vont à un examen, ils se plantent.  Ou des gars qui à l’entraînement sont au top, ils te sortent de la roue quand ils veulent et jamais ils ne t’ont battu avec un dossard. Parce qu’avec un dossard, tu es toujours plus fort qu’eux alors qu’à l’entraînement tu n’arrives jamais à les suivre. Eux, ils fonctionnent à l’envers, moi je fonctionne à l’endroit.

 

Nicolas : En tout cas, ce qui est intéressant dans ce que tu dis, c’est que d’un point de vue mental, tu as un protocole de préparation qui se fait peut-être naturellement, avec lequel tu es en accord. Tu sais que la veille tu ne vas pas être bien, que ça se situe au niveau du ventre. C’est une histoire de trac, le trac avant un évènement, si tu veux le rejeter, flipper dessus, il te paralyse et bouffe toute ton énergie. Alors que si tu l’acceptes, il te met juste en pression pour ne pas louper ton match. J’ai coaché des tennismen qui voulaient tellement être zen avant un match qu’ils passaient complètement à côté.

Donc, là, c’est le moyen d’être en pression et pour toi ça se situe au niveau du ventre — on dit que le ventre est le deuxième cerveau.

 

Jean-Pascal Roux: Je viens à Risoul pour le plaisir, parce qu’on en est partenaire et puis c’est toujours un bon moment.

 

Nicolas : Pour toi, la meilleure cyclosportive c’est quoi ?

 

Jean-Pascal Roux: Je n’en sais rien. La meilleure cyclo, c’est celle qui monte le Ventoux. C’est chez moi, c’est toujours sympa de monter le Ventoux. On essaye toujours aussi de faire un truc à l’étape du Tour. Pour les non-initiés, c’est « T’as déjà fait l’étape du Tour ?! », tu  donnes ton classement à l’étape du Tour et ils te situent. Tu dis que tu as gagné la Vercors Drop ou autres, ils s’en foutent royalement.

 

Nicolas : Cette année, tu pourrais presque faire croire que tu l’as gagnée, l’étape du Tour.

 

Jean-Pascal Roux : Oui oui, je la gagne tous les ans.

Une épreuve que j’ai bien aimée, mais je l’ai faite qu’une seule fois et je suis arrivé main dans la main avec Nicolas Roux, c’est pour ça que je ne veux pas y retourner pour rester sur mon succès, c’était dans le Vercors, le Challenge du Dauphiné. Il faisait un temps pour moi, 3°, de la flotte dans la journée. J’ai chassé toute la journée à 10 min derrière Nicolas Roux, il y a eu un petit coup de moins bien et puis je le rattrape et on finit main dans la main et là, c’était…, quand on voit ce qu’il est capable de faire, il est capable de battre Absalon sur une étape du Tour , il est capable de relever dans les vingt/vingt-deuxième de la montée du Semnoz, il monte au niveau d’Andy Schleck , donc ce gars-là, on ne va pas trop aller le chatouiller, c’est sûr qu’il est super costaud. Mais un jour, je l’ai battu, enfin, j’ai fini avec lui. Mais la photo de finish dit que je l’ai battu (rires).

 

Nicolas : Merci de ta disponibilité. Je te souhaite bonne chance pour demain.

 

 

Eh bien, voilà, vous avez vu que Jean-Pascal est quelqu’un d’extraordinaire. Je tiens à signaler qu’il a accepté cette interview juste avant la montée sèche de Risoul, la veille de la grande cyclosportive La Risoul-Queyras. C’était donc quelques minutes avant  la course, alors il était peut-être un peu tendu, un peu préoccupé, mais il a accepté cette interview et il a répondu de manière très sympathique, très pro et très précise et je l’en remercie encore.

Les quatre points essentiels de la préparation mentale dont nous parle Jean Pascal  Roux dans cette interview:

 

Le premier, c’est quand vous avez un objectif : neuf mois avant, il se fixe un objectif et il se focalise dessus. Le problème pour la plupart des cyclosportifs, ou même des cyclistes pros, c’est qu’ils se dispersent dans tous les sens, ils veulent rouler, faire des courses mieux, et puis les courses s’enchaînent et à chaque fois, il n’y a pas une véritable implication et il y a déception. Si vous avez un objectif précis, vous pouvez vous entraîner de manière précise et vous focaliserez votre attention. Jean-Pascal parle de neuf mois de gestation, c’est une bonne idée. Définissez vos objectifs neuf mois à l’avance. Vous pouvez utiliser pour ça le petit manuel que vous trouverez juste en dessous de cet article, en vous inscrivant sur le blog de La meilleure cyclosportive de votre vie. Ce manuel vous aide à définir vos objectifs. Si vous avez un objectif précis, vous saurez vous entraîner et focaliser votre attention dessus.

 

Le deuxième point est la conséquence du premier. C’est-à-dire que quand on s’est bien préparé, quand tout au long de l’année parce qu’on a cet objectif, chaque fois qu’on s’entraîne on se dit « Ah, oui ! Il faut que je pense à ça. » Chaque fois qu’on voit quelque chose, on se dit « Ah, oui ! Ça peut me servir pour mon objectif.» Eh bien, le jour de l’objectif, Jean-Pascal nous l’a dit, il ne faut pas penser « Qu’est-ce que je fais là ? » parce que la souffrance est telle, les conditions sont tellement difficiles qu’on se dit « Je suis un abruti, j’arrête. » Et dans une course, c’est pareil, si on commence à cogiter, à se demander ce qu’on fait là, on va arrêter. Donc là, on pense uniquement à ce que l’on est en train de faire. Dans les trois grandes phases de la motivation, vous avez la préparation, la réalisation et le débriefing. Dans la phase de réalisation on pense à ce que l’on est en train de faire, comment on pédale, comment on se tient, comment on s’alimente, comment on boit, ce qu’il se passe autour de soi et comment on réagit. Et c’est absolument tout.

 

Le troisième point clé de la préparation mentale que met en avant Jean-Pascal, c’est d’avoir un environnement qui vous porte, qui vous soutient. Il nous parle de son team Scott Vélo 101 Risoul, c’est une bande de copains qui se donnent rendez-vous, qui font des cyclos ensemble et ça motive à s’entraîner, à aller faire des courses. Ce sont des gens avec qui on parle, on échange sur le vélo, sur l’état d’esprit, donc vous aussi essayez de trouver des gens autour de vous, qui sont passionnés de vélo, ou au moins passionnés de sport et qui sont positifs vis-à-vis de vous, vis-à-vis du sport, vous incitent à vous entraîner. De préférence, si ce sont des gens qui ont atteint ce que vous voulez atteindre, ils sauront vous accompagner pour faire de bons résultats. Si vous essayez de perdre 20 kilos avec quelqu’un qui a 30 kilos de trop il ne vous donnera pas les bons déclics, les bonnes astuces. Si le matin vous prévoyez d’aller courir et que vous êtes fatigué, ce n’est pas lui qui va vous motiver. Donc, choisissez des gens qui ont réalisé ce que vous souhaitez réaliser, entourez-vous de gens positifs. Ça, c’est la troisième clé de la préparation mentale.

 

Enfin, la dernière clé qui est essentielle. Elle paraît toute simple. Vous avez vu que Jean-Pascal planifie son entraînement. C’est tout simple., mais un entraînement, si vous le planifiez, c’est-à-dire que tous les dimanches soirs ou les lundis, vous programmez vos séances d’entraînement déjà dans la semaine vous avez cinq fois plus de chances de les tenir. Parce que c’est bien beau, en début d’année, de prendre de bonnes résolutions, et ensuite, vous savez ce que c’est, le quotidien, les soucis, les obligations professionnelles font qu’on oublie un peu nos objectifs. Programmez votre entraînement et vous verrez que vous le tiendrez.  Et si vous faites comme le fait Jean-Pascal, vous le ritualisez. C’est-à-dire que c’est tous les mardis et tous les jeudis et aussi le week-end et vous n’avez plus à y penser. Si quelqu’un vient vous proposer quelque chose, si c’est un mardi après-midi, vous direz que vous êtes déjà pris, parce que vous avez l’habitude. Donc, ritualisez vos entraînements. Vous n’avez pas besoin d’en faire beaucoup. Vous avez vu que Jean-Pascal, avec trois entraînements par semaine, fait 15 000 bornes par an et croyez-moi qu’avec ça, vous êtes parmi les meilleurs cyclosportifs. Si vous ne pouvez pas en faire autant, ce n’est pas grave, l’essentiel étant de le faire régulièrement. Programmez le jour et l’heure de vos entraînements, faites la même chose chaque semaine — vous pouvez faire deux trois variantes dans l’année. Vous avez vu que pendant l’été il vaut mieux rouler le matin que l’après-midi — et c’est une clé extraordinaire, la dernière clé.

 

Donc, les quatre clés que nous révèle cette interview, je vous les rappelle, c’est :

* Fixez-vous un objectif neuf mois à l’avance, un objectif clair et vous vous focalisez dessus.

* Le jour de la réalisation, comme dans vos entraînements, vous prévoyez, mais quand vous êtes dans la phase de réalisation vous pensez à ce que vous faites et c’est tout.

Mais ça s’apprend, ça se cultive, le cerveau est comme un muscle, il faut l’entraîner.  Donc faîtes-le pendant l’entraînement, pensez à ce que vous êtes en train de faire.

* Essayez de vous constituer un environnement qui vous porte, qui vous soutient, un groupe d’ami d’entraide, qui vous pousse et vous tire en avant.

* Programmez vos entraînements. Jack Candfield, un de mes mentors, dit « Si tu ne programmes pas ton succès, tu es en train de programmer ton échec. » Je trouve que c’est parfait de finir là-dessus.

Prévoyez vos programmes d’entraînement, vous aurez plus de chances de les tenir et donc de progresser régulièrement, semaine après semaine, mois après mois, année après année.

 

Je vous souhaite une bonne journée et je vous dis : À vous de jouer !

Un grand Merci à Jean Pascal Roux

 

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Commentaires (7)

MARIN

Quel régal ces interviews,continuer ainsi,que du bonheur.
Merci pour tout ces bons conseils.
Pascal.

Lionel

passionnant, excellent interview.

Suggestion: Attention à la prise de son qui n’est pas très bonne.

Stéphane

Tout à fait d’accord avec les 2 avis qui précédent: c’est très intéressant mais les bruits environnants viennent « polluer » l’écoute du discours!… Dommage mais pas grave car ton résumé final est excellent et tout à fait audible (Ah… le silence de la nature!): MERCI
Amicalement,
Stéf

    Nicolas Elzeard

    Merci Pour vos encouragement.
    Faire un interview en extérieur n’est pas toujours facile, mais encore une fois merci à Jean Pascal qui a accepté de le faire juste avant sa course.
    je vais mettre la retranscription écrite de la vidéo.

Cyril

Grand Monsieur !
Analyse finale top… A méditer.

    albert

    bonjour Nicolas, depuis peu, je regarde tes vidéos, puisque je les aies reçu suite à mon inscription sur les bosses du 13 à Marseille qui est ma cyclo Préférer; La vidéo sur jean pascal Roux, vraiment sympa et enrichissante, objectif, mental, etc…, je le côtoie quand je fais des cyclos. Continue avec tes vidéos et je vais m’en servir pour m’améliorer en tant que coureur et j’espère que ce sera moi le prochain que tu interviewera, non! c’est pour rigoler je suis pas à la hauteur.
    Merci pour tout.
    Albert

Nicolas Elzeard

Super Albert,
Mais tu as raison je vais interviewer un peu plus de cyclo sur leurs avis et les entrainements 😉

Merci

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